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Les marronniers et l'énorme tilleul

Les marronniers de la rue du chanoine ClémentLes marronniers étaient, il y a seulement un demi-siècle, les arbres privilégiés des Orgeletains. On les rencontrait, un peu partout, en file indienne des deux côtés de la route de Moutonne, en bordure de la rue de l'Abbé Clément. Plus vieux et plus énorme encore était le solitaire qui balançait ses puissantes branches par dessus le mur du parc Belle et qui fleurissait rose, ou celui qui planté face à la gare dispensait son ombre aux voyageurs qui attendaient le train, ou bien encore le trio géant de la cour du bas de l'école des garçons qui obscurcissait les salles de classe de connivence avec les deux superbes acacias qui distillent leur parfum au moment de la floraison.

Ces arbres géants n'ont pas trouvé grâce devant la cognée parce qu'ils gênaient et l'Orgeletain a été privé de ces sensationnelles floraisons printanières. Puis les fleurs se fânant, Orgelet - sous les petits arbresle marronnier était oublié jusqu'à ce qu'apparaissaient, d'un vert plus tendre que les feuilles, les fruits enfermés dans une coque hérissée de pointes comme un oursin. Abattus à grands coups de pierre, ils deviendront pour les enfants matière à travail manuel. Piqués sur des allumettes, assemblées de différentes façons, ils figureront des personnages originaux. Et puis on les délaissera jusqu'à l'automne, quand l'enveloppe porc-épic s'ouvrira pour laisser choir dans l'herbe le marron tout luisant... Aussitôt foré par les enfants il deviendra une pipe avec pour tuyau une «vieille» espèce de laine creuse ou bien comme la citrouille, percé de deux à trois trous sur un de ses flancs, muni d'une minuscule bougie, il se transformera en un petit lampion feu-follet.

Les platanes sous "les petis arbres" à OrgeletObjet de jeu, les marrons faisaient partie alors du matériel pédagogique; on s'en servait, à l'école maternelle d'antan pour les premiers exercices de calcul : ils remplaçaient les buchettes et permettaient de se représenter concrètement un nombre de fabriquer des dizaines, d'ébaucher les toutes premières opérations. Et probablement les écoliers de l'époque les ont-ils maudits quand ils ont été responsables de réprimandes et de punitions pour des calculs erronés.

Pendant la période de la guerre et de l'occupation, quand les rations de pain étaient insuffisantes, les écoliers avaient été chargés de ramasser les marrons que récupéraient certains organismes et leur «chair» pulvérisée était mélangée à la farine. Elle communiquait au pain une aigreur difficilement supportable. A la même époque on croyait beaucoup aux vertus médicinales du marron. C'était la mode alors d'en glisser un dans une poche, il faisait disparaître les douleurs et préservait des rhumatismes.

Le gros tilleul d'OrgeletSi le marronnier plaisait aux Orgeletains, il y en avait d'autres auxquels ils tenaient beaucoup : les énormes platanes aux troncs tourmentés de la promenade des petits arbres, les ormes et les tilleuls de la Promenade de l'Orme. Ils sont toujours là mais ont besoin de nombreux traitements pour survivre. Pourtant depuis une vingtaine d'années a été abattu l'arbre préféré des habitants l'imposant tilleul dont on disait avec orgueuil et sans être très sûr «qu'il avait été planté à l'époque de Sully...».

Chaque Orgeletain se plaisait à montrer à ses invités l'arbre phénomène dont la circonférence à un mètre du sol atteignant 8,85 mètres.Tous les enfants du pays étaient enchantés de tourner autour de son tronc en escaladant ses puissantes racines tentaculaires... Mais le tilleul orgeletain figure sur plusieurs cartes postales de l'album des souvenirs.

ANDRÉ JEANNIN
Article paru dans Le Progrès du 10 décembre 1995
 

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