LES ARMOIRIES D'ORGELET

Les armoiries sont l'ensemble des signes, devises et ornements formant le blason d'un État, d'une ville ou d'une famille, emblème symbolique, marque d'honneur et de dignité pour ceux et celles à qui elles sont accordées. Autrefois les villes, lors de leur affranchissement, en furent honorées, signe à la fois d'indépendance et de ralliement à l'autorité qui les leur octroyait.
Orgelet, ayant obtenu ses franchises de Jean de Chalon Auxerre Ier en mars 1267, devenue en mai 1542 la 10ème des quatorze villes à mairie du Comté de Bourgogne et siège d'un bailliage secondaire du grand bailliage d'Aval, pouvait donc prétendre à posséder ses armoiries. Elles lui furent accordées par Charles Quint, Empereur et Comte de Bourgogne, au XVIème siècle. Elles se présentaient sous la forme d'armes parlantes, c'est-à-dire qu'elles formaient un jeu de mots sur la ville, à savoir trois épis d'orge à cause du mot Orgelet, de la même façon que trois salières caractérisaient celles de Sellières, et une tête de maure celles de Moirons, dans l'armorial des villes de Franche Comté.
On en trouve une représentation dans un dessin de Pierre Yves VIDELIER, longue frise figurant le cortège qui accompagna la dépouille mortelle de Philibert de CHALON jusqu'à l'église Saint Désiré de Lons-le-Saunier en séjournant à Orgelet du 17 au 23 Octobre 1530. Dans cette frise les 3 épis sont distribués 1 et 2, c'est-à-dire 1 en haut au centre et 2 en bas de chaque côté (voir ci-dessous).

Dessin de P.Y. VIDELIER sur des indications de Pascal BRUNET. Extrait à l'échelle réduite

Armoiries d'OrgeletDe façon plus précise, l'image des armoiries est décrite dans le fonds latin 10974 de la Bibliothèque Nationale intitulé "Recueil de compliments en vers latins et grecs adressé à Jean FROISSARD, Président du Parlement de Dôle par des élèves du collège de Dôle." (en 1593)

" d'azur à 3 épis d'orge d'or, les 3 sur la même ligne,
avec en chef une couronne d'or à fleurons "

Le compliment, en quatrain, concernant Orgelet (signé par l’élève Antoine Baron, Antonius Baronus) est écrit à l'encre noire dans un cartouche à cadre d'or et à volutes rouges et bleues au dessous des armoiries de la ville, peintes quant à elles, dans un cartouche de même nature orné de deux figures à mi-corps et ailées.

Le texte est le suivant :

« Ecce tibi auratam dedit Orgeletana coronam,
    Scilicet imperio tu quoque dignus eras.
Nec satis est : armata suis dedit hordea sulcis,
    Scilicet auspicio munera missa tuo. »
Antonius Baronus

Jean-Yves Guillaumin, professeur à l'Université de Franche-Comté, propose la traduction suivante :

« Voici que la cité orgelétaine t’a donné la couronne d’or :
     C’est que tu étais digne aussi de l’empire.
     Mais ce n’est pas assez ; elle t’a donné les épis d’orge armés dans ses sillons :
     Présents offerts pour ton heureuse entrée en charge. »

Les épis (hordea) sont dits « armés » (armata) dans les sillons de la terre d’Orgelet, parce qu'ils se caractérisent par leur « barbe » piquante. Mais leurs « armes » rappellent aussi les guerriers « en armes » que font surgir des sillons, dans certaines légendes mythologiques, des héros comme Cadmos ou Jason.

Armoiries d'Orgelet sur une borne marquant la limite du territoire de la cité avec la seigneurie de Virechâtel (Onoz)Dès leur attribution les armoiries furent utilisées dans le sceau de la ville, les écussons brandis lors des fêtes et sur le buffet de l'orgue de l'Église Notre Dame, mais aussi dans les poinçons des poids et mesures ou de marquage des fûts. Bien plus tard elles figureront sur la girouette dominant le toit de la mairie, sur les pierres du monument aux morts et sur les papiers à lettre de la Ville.

La Franche Comté étant devenue française au traité de Nimègue (1678), Louis XIV allait confirmer l'octroi de ses armoiries à la Ville d'Orgelet moyennant paiement des droits afférents à la délivrance du brevet. Ce qui fut fait par une ordonnance en date du 11 Mars 1701 dont l'original est aujourd'hui exposé dans le bureau du premier magistrat de la Ville.
Armoiries d'OrgeletLes armoiries qui sont "peintes et figurées" sur ce document sont toujours sur fond bleu azur mais les 3 épis d'orge d'or sont " posés 2 et 1 " c'est-à-dire 2 en haut de chaque côté et 1 en bas au centre. La couronne dorée quant à elle a disparu. Depuis quand en était-il ainsi dans la représentation du blason ? Un siècle s'était écoulé depuis l'attribution initiale et en tout état de cause la couronne impériale n'était plus de mise. Abolis en France par la Révolution, les blasons furent rétablis par Napoléon avec des règles qui n'étaient pas toujours absolument conformes aux principes traditionnels. Qu'en fut-il à Orgelet ? Des recherches à ce titre seraient utiles.
Mais la Restauration allait ressusciter l'existence des blasons de l'ancienne monarchie. Le Roi Louis XVIII renouvela le droit d'Orgelet à disposer de ses armoiries par une ordonnance en date du 18 Novembre 1815.

Armoiries d'Orgelet en 1860

Dans ses chroniques de l'Écho Paroissial d'Orgelet de Novembre 1913 et Septembre 1929 l'Abbé CLÉMENT précise que Mademoiselle ANDRÉ, secrétaire de mairie peut montrer "dans la petite salle des archives un gros étui de fer blanc muni d'un grand sceau royal de cire verte qui renferme le parchemin octroyant ces armoiries".
Aujourd'hui, malgré nos demandes il n'a pas été possible semble-t-il de localiser ce document témoin de l'histoire de notre cité. Peut-être y aurait-on trouvé l'explication de la couronne royale et du franc-canton figurant sur le blason qui ornait les têtes de lettres de la mairie jusque dans les dernières années du XXème siècle (voir ci-dessous).

Armoiries d'Orgelet

Les armoiries d'Orgelet sont traitées ici de façon sommaire mais mériteraient que des chercheurs avisés et passionnés nous en livrent les secrets.

A et G. BIDARD

Bibliographie