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Quand le jardinage était le passe-temps des Orgelétains

Les jardins du chemin du MontUn siècle a suffi pour transformer l'aspect d'Orgelet. A la ville moyenâgeuse où toutes les anciennes maisons restaurées présentent des façades esthétiques, se sont ajoutés des quartiers périphériques aux coquettes demeures entourées de quelques ares de verdure... Ce qui surprend le plus probablement, c'est la forte diminution de la superficie des jardins qui jadis entouraient la ville d'une ceinture émeraude.

Il y avait pour les potagers des emplacements privilégiés « Sous la ville » où M. Blanc avait divisé un vaste champ, dont il louait les parcelles ; « Chemin du Mont » où derrière les clôtures s'étendaient les jardins « Goutsolard » du nom du propriétaire du terrain ; « Au Château » où brûlés de soleil, à l'abri des gelées printanières, cascadaient les carrés en terrasse ; « Chemin de Plaisia » où derrière de hauts murs de pierres sèches au moment de la pause, le jardinier rêvait de la forteresse des Chalon en voyant tout près de lui s'étirer les vestiges des remparts. Dans la plupart des jardins clos étaient bâties des cabanes remises à outils, mais aussi souvent refuges pour les amoureux.

Les jardins sous le château d'OrgeletAu début du XXe siècle, le jardinage était le passe-temps favori de la population. L'homme généralement « tournait » le sol à la bêche (on ne parlait pas encore de motoculteur) ; la femme qui restait plus souvent à la maison qu'aujourd'hui accomplissait les multiples autres travaux moins rudes : planter, sarcler, désherber, récolter lui étaient réservés.

On jardinait par plaisir bien sur, mais aussi par obligation, parce que les produits extraits du jardin permettaient de ne pas trop rogner, pour la nourriture sur le maigre salaire du chef de famille. On pratiquait alors une sorte de petite polyculture et comme sortis d'une corne d'abondance on tirait du potager pommes de terre, carottes, salades, poireaux, côtes de bettes, oseille, persil, rhubarbe, fraises, groseilles, cassis, camomille, fleurs à couper.

Pendant la période de restriction de la guerre, la superficie réservée au jardinage augmenta encore et c'est grâce aux « produits de la terre » que les Orgeletains purent supporter, mieux qu'en ville, les privations. On vit même à cette époque chaque famille louer à un cultivateur une ou plusieurs raies de champs sur les Seillons ou en Barbuise pour y planter des pommes de terre. C'est d'ailleurs à la même période qu'on vit fleurir dans les jardins des plantes bizarres, en particulier le tabac que soignaient jalousement les grands fumeurs que ne satisfaisait pas la ration mensuelle de cigarettes.

Le jardinage devint bien vite un art et certains jardiniers passionnés des artistes. La terre était pour eux comme l'argile des sculpteurs. Il la palpait, la triturait, la caressait, l'auscultait et du printemps à l'automne leur jardin devenait une merveille pour les yeux par la géométrie parfaite des plantations, la propreté impeccable des carrés vierges de toute herbe, le rectiligne des allées. Comme tout artiste devant son oeuvre le jardinier venait chaque jour regarder avec plaisir grandir les poireaux, friser ses salades, feuiller ses pommes de terre, rougir ses fraises et ses tomates.

La plupart des jardins d'autrefois sont devenus terrains à bâtir, champs ou friches. Il n'y a vraiment que sous la ville qu'existent encore des potagers. Ailleurs le jardin n'est qu'un îlot qui disparaîtra quand disparaîtra son propriétaire.

André JEANNIN
Article paru dans Le Progrès le 14 novembre 1993
 

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