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De 1939 à 1945 : être élève au cours complémentaire

Les élèves du collège d'Orgelet (on disait cours complémentaire à l'époque), de 1939 à 1945, ont fait leurs études dans des conditions très particulières. D'abord le bâtiment, qui abritait les classes du cours complémentaire, ne comprenait qu'une partie de l'ancien couvent des Bernardines ; l'autre étant réservée au primaire (filles et garçons séparés) et à la maternelle. Il surplombait de vastes jardins et des cours, où s'élevaient d'énormes acacias et marronniers.

Avril 1941 : des élèves de 3e en gymnastique dans la cour du collègeEn septembre 1939, à la déclaration de guerre, les élèves du collège, parmi lesquels de nombreux pensionnaires (Arinthod n'avait pas encore son établissement), ne retrouvèrent pas leur directeur (on ne parlait pas encore de principal). M. Pegeot, mobilisé, la fonction était assurée par M. Curtil. Il enseignait le français et la géographie ; Mlle Golay, une normalienne sortante, les mathématiques et les sciences ; Mme Pegeot, l'histoire.

La classe de troisième, riche d'une trentaine d'élèves, ne s'intéressait guère aux péripéties de la guerre, assurée qu'on « irait faire sécher son linge sur la ligne Siegrid ! » Les exercices d'alerte, les descentes dans les caves du bâtiment étaient considérés comme des divertissements.  D'ailleurs, tous les élèves s'étaient montrés « d'excellents Français » et, s' « ils ne marchaient pas au pas » , ils avaient récupéré un tas impressionnant de ferraille pour « forger l'acier victorieux » , qui encombrait encore la cour la guerre terminée.

En mai 1940, l'avance allemande provoqua la panique, entretenue par les prophéties diaboliques de la Ve colonne : les classes cessèrent, les élèves renoncèrent aux examens pour fuir vers l'ouest ou le sud. Ils revinrent après l'armistice préparer leur BEPC, qu'ils réussirent. Et pendant cinq ans, le cours complémentaire vivra sous l'autorité du maréchal Pétain, du ministre de l'Education nationale Abel Bonard et les tracasseries du président de la délégation spéciale, le général Karcher...

Salut aux couleurs dans la cour du collège d'Orgelet en 1941Ce sera l'époque du salut aux couleurs dans la cour de l'école, de la célébration de la fête de Jeanne-d'Arc devant la mairie, de multiples cérémonies sur le thème « Travail, famille, patrie » avec chaque fois l'obligation pour les collégiens de chanter « Maréchal nous voilà ». Mais déjà certains restent muets, première manifestation d'une secrète résistance.

Que penser aussi du choix de « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » de Victor Hugo, choisi par le professeur de français pour participer à une « compétition littéraire » à Lons. Récitée par cinq élèves, cette satire de la dictature obtint le premier prix. Les officiels, ardents pétainistes, n'y avaient vu que du feu. Pourtant, c'étaient les mêmes qui appliquaient à la lettre les ordres de Vichy et « épuraient » les bibliothèques de certains livres, ceux d'Emile Zola en particulier. Il n'y en avait qu'un dans le placard vitré du collège : le rêve ; il fut enlevé mais pas détruit.

C'étaient aussi les mêmes qui obligeaient les candidats aux examens donnant accès à la fonction publique de se procurer un certificat attestant qu'ils n'étaient pas juifs !
Le 11 novembre 1942, quand les Allemands occupèrent la zone libre, les étudiants furent très surveillés et les collégiens orgeletains paieront un lourd tribut : Bernard Menouillard, Marcel Sarrand, Claude Broutechoux d'Orgelet, Maurice Jaraud d'Augisey, Fernand Foulon de Charchilla mourront dans les camps de concentration, d'où reviendra Maurice Choquet, qui fut président de la FNDIRP.

André JEANNIN
Article paru dans Le Progrès, le 24 janvier 1993
 

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