La cité et sa région > Florilège des articles d'André Jeannin > publiés en 1991 > Quand la cité avait une vocation agricole

Quand la cité avait une vocation agricole

Autrefois, il n'y a pas tellement longtemps, Orgelet avait une vocation agricole et commerçante qui a disparu de nos jours, au profit de l'industrie concentrée à la périphérie.

La place du bourg de Merlia abritaient plusieurs agriculteursLes nombreux cultivateurs qui pratiquaient la polyculture (dans le sens variété des cultures mais en petite quantité) et l'élevage étaient groupés à l'intérieur même du vieil Orgelet. On en comptait 20 à une certaine époque. Ainsi, dans la partie Bourg de Merlia, place de la Grenette, rue des Boucheries, Grande-Rue, 12 familles appartenaient au monde rural : MM. Hugues, Vaillant, Chevillot, Putin, Blanc, Bertrand, Dalod, Bouchard, Frelin, Molard, Prabel, Decoeur.

Tous les quartiers donnaient asile à une, voire plusieurs cultivateurs-éleveurs et tandis que le hameau de Merlia n'avait que des fermes à la Tisserie, les ouvriers avaient modifié leur habitation de façon a abriter une ou deux vaches, un plus à leur salaire modeste.

L'empreinte agricole

FenaisonsEt cette activité agricole marquait de son empreinte la localité, la vie de ses habitants et en particulier, celle des enfants de 10 et 11 ans. Les maisons-fermes très nombreuses imprégnaient profondément les quartiers de leur style architectural : longs bâtiments avec d'immenses portes de granges voûtées, de rectangulaires ouvertures d'étables et de remises de grande déchirures dans la façade pour que les déchargeuses coincées au pignon puissent treuiller jusqu'au fenil le foin ou la moisson, de minuscules fenêtres-lucarnes qui laissaient entrevoir les murs peints à la chaux, les dalles de pierre, les stalles, les rateliers des écuries...

La Valouse au pont de VauxCe genre de maison n'existe plus à Orgelet. Même la campagne était plus belle qu'aujourd'hui : les cultures diverses et en petites quantités dessinaient une espèce de vaste jeu de dames champêtre aux damiers aux couleurs différentes : jaunes d'or des blés, émeraude des feuilles des betteraves, verts plus pâles des prés... Avec par ci, par là, le sang des coquelicots, l'azur des bleuets, le nacre de la fleur de pommes de terre.

Les cloches tintinabulaient

Berger à OrgeletLa vie suivait le rythme des saisons : du printemps à la fin de l'automne les cloches des vaches tintinabulaient très tôt servant de réveil-matin aux habitants ; les bovins revenaient le soir quand le soleil avait basculé derrière la colline, martelant aux abords des fontaines, de leurs pas lourds les pierres apparentes avant de basculer leurs mufles baveux dans l'eau fraîche des bassins. Commençait ensuite, à la main, la traite des pis gonflés et le lait chaud rejoignait dans des bouilles le chalet lieu de rendez-vous de tous les adolescents du pays qui ébauchaient leurs premiers flirts et des commères qui potinaient à loisir.

De Pâques à la Toussaint

Une batteuseLes enfants profitaient parfois des activités agricoles. Quand la machine à battre, en juillet, crachait dans un quartier son grain et sa poussière, pour obtenir les 50 centimes de récompense et participer au gargantuesque repas de cochonnailles ils ramassaient les liens qui nouaient les gerbes... Souvent, ils devenaient bergers, quittaient l'école de Pâques à la Toussaint (l'obligation scolaire était un mythe) pour surveiller le troupeau et l'empêcher de quitter le pré ou les parcours pour sa gaver du trêfle et de la luzerne du champ voisin. Garde pénible mais qui devenait réjouissance quand les copains du même âge rejoignaient le berger le jeudi et maraudaient les pommes de terre et les épis de maïs « les raux » si délicieux cuits à la braise ou fumaient en toute quiétude les premières cigarettes : les creuses « vuailles » ou celles en mousse ou en barbe de maïs roulées à la main ou dans un petit moule métallique. Et même les nausées punitives étaient sensationnelles ! Et puis quels airs de conquistadors, ils avaient ces bergers de 11 ans, sevrés d'école, quand au long des routes ils conduisaient leur troupeau, l'aiguillon à la main.

André Jeannin
Article paru dans Le Progrès le 17 novembre 1991

 

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