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Quand les scolaires restaient à Orgelet pour les vacances estivales

De nos jours, les vacances estivales sont programmées depuis quelques mois voire une année déjà : mer ou montagne, France ou pays étrangers accueilleront pendant une ou deux semaines les familles orgeletaines et puis ont a déjà trouvé des stages ou des « colonies » où les scolaires continueront leurs congés. S'il pleut quelques journées de juillet ou d'août, la télévision, les jeux sur Internet prodigueront pendant des heures et des heures des passetemps très appréciés.

A la fin du XIXe siècle et dans les trois ou quatre décennies du XXe, il n'en était pas de même. Les vacances scolaires estivales s'étalaient du 14 juillet au 1er octobre, et rares étaient les familles locales qui pouvaient bénéficier de vacances avec leurs enfants loin d'Orgelet. D'ailleurs, la loi sur les quinze jours de congés payés n'interviendra qu'en 1936. Alors les scolaires s'exilaient parfois chez une grand-mère — on ne disait pas encore « mamie » — pas éloignée, qui les gâtait mais où ils s'ennuyaient. Ils étaient privilégiés cependant car les enfants de familles nombreuses n'avaient pas de grandes vacances, eux, qui avaient quitté l'école à Pâques pour n'y revenir qu'à la Toussaint, étant « loués » comme bergers et parfois garçonnets à tout faire chez un cultivateur d'un village voisin.

Ecole confessionnelle au couvent  d'Orgelet en 1931Les autres enfants restaient à Orgelet et on pourrait penser qu'ils trouvaient ces longues vacances terriblement monotones, car à part une garderie municipale dans les locaux de l'ancienne école maternelle à la grand'rue pour les petits et dans les bâtiments du couvent, chez les soeurs, au faubourg, pour les filles et quelques bambins, il n'y avait rien pour les occuper ou les distraire. Et bien, à part quelques rares amoureux de l'école, ils préféraient que se continuent les congés car les journées étaient bien remplies par des activités de loisirs, fruits de leur fertile imagination.

Oh ! Il ne fallait pas grand chose pour vivre des après-midi sensationnels... Une épée en bois façonnée par ces apprentis mousquetaires une fronde avec de multiples projectiles de combat, pelousses, gratte à cul, poires à Bon dieu — une colline abrupte, celle sur laquelle s'élevait encore le trapèze des ruines du château féodalEnfants sur le Mont Orgier, des défenseurs au sommet protégés par des barricades de fortune, des attaquants intrépides s'abritant des averses des projectile et progressant à l'abri des buissons pour enfin parvenir sur planade et terminer le combat l'épée. Tout « soldat » touché était mis hors jeu. les vainqueur se montraient fort magnanime; ils n'imitaient pas les jeunes francs-comtois de Pergaud, il laissaient les boutons sur les pantalons et les pantalons continuaient à cacher les postérieurs. Et même ils proposaient une revanche aux adversaires, dans d'homériques guet-apens qui avaient lieu en Vallière et où les Comanches avec comme il se doit les plumes sur la tête triomphaient par ruse de Blancs, colonisateurs. Ces derniers captivés, attachés au poteau de tortures suivaient, faussement apeurés la danse du scalp de leurs vainqueurs.

Départ de jeunes orgelétains pour une promenade à vélo en 1932L'imagination de ces scolaires ne créait pas seulement ces jeux guerriers, elle en inventait de plus originaux comme celui du tour de France. Un après-midi une douzaine de garçons empruntaient le nom des coureurs cyclistes et vogue à l'époque, surtout des Français : Speicher, Leducq Magne, Le Greves, quelques Belges et Italiens admis avecré ticence : Maes, Verwaeke, Bartali et Coppi, et puis même allemand, Stoepel qu'on infligeait à un garçon qu'on n'aimait pas — on était patriote tout jeune l'époque or l'Allemagne était l'ennemie. La course se faisait avec toujours le même itinéraire : le tour du château en partant rue de la Glacière pour arriver sur la place au Vin. La bicyclette était remplacée par une jante qui servait de cerceau et qu'on poussait devant soi à coups de bâton. Les arrivées étaient prévues par tirage au sort de billets comme d'ailleurs les écarts de temps. Mini-tour en quatre étapes où le vainqueur était le plus chanceux désigné après des calculs de nombres complexes que ne pouvaient résoudre que les « bons en mathématiques » de la classe.

Chez certains existait déjà le goût du risque qui s'extériorisait par la dégringolade de la rue très pentue qui du Mont-Orgier aboutit à la place au Vin et cela sur un tricycle amputé d'une roue arrière. Exercice d'équilibre incroyable qui se terminait souvent par des étincelles du noyeu en contact avec le sol et la chute spectaculaire de l'intrépide descendeur.

André Jeannin
Article paru dans Le Progrès le 16 mars 2003

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