La cité et sa région > Florilège des articles d'André Jeannin > publiés en 2002 > En s'arrêtant aux anciennes portes des fortifications

A chacune des portes qui permettaient de franchir sans encombres les remparts, est attaché un événement particulier historique ou simplement local. Ainsi c'est à la Porte de l'Orme que les bourgeois qui attachaient tant de prix à leurs privilèges et à leurs franchises obtenus par la Charte de 1266 recevaient leur nouveau Seigneur. Ils ne le laissaient pas entrer dans « leurs murs » avant de lui en avoir fait juger la conservation. Le duc Philippe Le Bon s'étant présenté devant Orgelet le 26 mars 1422, les quatre échevins avec tous les bourgeois l'arrêtèrent à la barrière près du pont et l'un d'eux s'adressa à lui. « Très haut et très excellent Prince, il est de coutume que le nouveau seigneur qui vient premièrement en la ville d'Orgelet doit et est tenu de juger de garder et de tenir nos franchises données au temps jadis par Jean de Chalon ». Et Philippe Le Bon sans descendre de cheval dut sur le parchemin des franchises et le livre des Évangiles jurer qu'ils les respecterait. Il parait que fort mécontent de l'exigence des bourgeois, il traversa toujours à cheval la ville sans s'y arrêter.

L'histoire est-elle comme on le dit, un perpétuel recommencement ? En tout cas, 540 ans après, en juin 1962, le général De Gaulle fut très étonné d'être arrêté à quelques mètres de l'endroit où se trouvait autrefois cette porte par le maire Pierre Futin, ceint de l'écharpe tricolore, accompagné des conseillers municipaux, des écoliers, de leurs maîtres et de tous les Orgeletains. Il lui rappela la coutume de jadis et lui demanda non pas de respecter la Charte, mais de conserver et de garantir les libertés communales. Cette visite officielle, avec ce face à face entre un président de la République et le premier magistrat orgeletain, appartient désormais à l'Histoire locale.

Porte du bourg de MerliaC'est à la Porte de la Fontaine où d'en-bas qu'en 1652, montées sur de mauvais chevaux de louage, se présentèrent les soeurs trapinistes ou bernardines venues d'un monastère d'Annecy. Orgelet ne s'étant pas encore relevé de ses ruines : par deux fois en 1637 prise de la ville par le duc de Longueville et en 1639 par représailles pour le meurtre de quatre soldats français à Alièze, il avait été incendié. Aussi lorsqu'une habitante aperçut les religieuses, elle s'exclama : « Mes bonnes soeurs, que venez-vous faire dans un pays ruiné par les guerres et où il n'y a même pas d'eau »

Triste privilège pour la porte de la Combe ; mal gardée, elle a été la responsable le 31 mars 1674 de l'entrée des Français dans Orgelet. « Les pavés furent bientôt jonchés de morts et de mourants » dit un chroniqueur de l'époque « les Français qui resteront maîtres du champ de bataille mirent tout à feu et à sang ». Forte félonne, cette porte de la Combe est oubliée des Orgeletains qui ne savent pas où la situer exactement de nos jours.

La dernière porte, celle du Bourg de Merlia, reste la plus connue parce qu'elle est la seule à survivre avec sa voûte, l'empreinte de sa herse et de son pont-levis, parce que surtout dans les années 30, ce portail semblait la propriété des gamins du Bourg de Merlia, une espèce de salle de jeu ventée mais à l'abri de la pluie où l'on tâchait de jouer au football en tapant dans une balle en mousse.

La tour BourbonCes portes étaient les seuls moyens d'entrer dans la ville en perçant la ligne des remparts qui l'encerclaient et dont on retrouve des vestiges nombreux : pans de murs, tours meurtrières, en parcourant les rues de la cité moyenâgeuse... C'est Louis XIV qui décida la démolition des fortifications et des tours et le nivellement des fossés pour les transformer en jardins ou en chemins peu carrossables.

Si certaines des tours contre lesquelles butaient les remparts ne sont décelables qu'à l'arrondi d'un mur de faible hauteur, d'autres comme la tour Bastard à proximité du château et Bourbon derrière le portail, ou celle de l'Ancienne Abattoir (rue des Remparts) et du collège (avenue des Bernardins) sont bien conservées.

Elles ont été abaissées puis coiffées d'un toit conique et sont devenues des pièces d'habitation originales, ou bien elles n'ont conservé que leur carcasse cir-culaire percée d'importantes meurtrières qui laissent apparaître le vide de l'intérieur. Mais toutes ces tours font partie d'un patrimoine auquel tiennent particulièrement les Orgeletains : la ville fortifiée du Moyen-Âge.

André Jeannin
Article publié dans le Progrès, le 6 janvier 2002

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