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Quand les farouches partisans de Napoléon III devinrent des républicains acharnés

Fervents royalistes sous Louis XVIII et Charles X, orléanistes sous le règne de Louis-Philippe, les habitants du canton d'Orgelet se découvriont enragés bonapartistes comme le témoigne cette adresse envoyée au Prince président deux mois avant sa nomination au titre impérial par un senatus consulte du sénat. "Permettez-nous, Prince, de venir par l'organe de nos mandataires ... déposer aux peids de votre grandeur nos humbles hommages, nos félicitations, nos remerciements et toute notre gratitude pour les services glorieux que vous avez rendus à la société menacée. Oui, Prince, vous êtes incontestablement le choix suprême et incoparable que la providence a fait parmi son peuple de France pour lui confier les destinies de ce grane État ... La voie que Dieu a tracée pour mener à bien cette haute et noble tâche, vous saurez la suivre, nous en avons l'entiere confiance et quelle que soit votre décision à l'égarde de la couronne impériale que vous méritez à un si juste et si noble titre, elle sera accueillie  avec transport, foi, confiance et soumission par tout ce qu'il y a de bon et d'honnête comme étant le résultat de l'inspiration médiate de Dieu lui-même."

Il semble bien que cette adresse ait été envoyée à toutes les municipalités de France car on la retrouve par exemple dans les comptes rendus des communes d'Orgelet et de la Tour-du-Meix.
Bien sûr, plébiscité de la sorte, Louis-Napoélon Bonaparte, le 2 décembre 1852, devenait empereur et recevait le serment de tous les anciens et nouveaux conseillers municipaux qui jurèrent "obéissance à la consitution et fidélité à l'empereur". 
Alors tous les événements importants des politiques intérieure et extérieure sont commentés dans la plupart des communes du canton au cours des réunions municipales. Indignation à la séance du 18 janvier 1858, après l'attentat d'Orsini qui motive cette lettre de même texte adressée à l'empereur : "Le conseil municipal de La Tour-du-Meix a été saisi d'indignation en apprenant l'attentat dirigé contre les jours de votre Majesté et de la Majesté l'impératrice. La providence a veillé sur vous ; elle a veillé sur la France. Dieu nous protège. Le danger que votre Majesté a couru nous a fait sentir plus vivement, sire, combien vous êtes nécessaire à la France ; il a redoublé notre amour pour vous et pour notre impératrice bien aimée. Vous vivrez de longues années, sire, vous vivrez pour le repos et la gloire de la France !"
Joie par conre à l'annonce des victoire de Magenta et de Solférino en 1859 et les conseillers ne manquent pas l'occasion de féliciter l'empereur de "votre génie et la bravoure de vos intrépides soldats ont triomphé de tous les efforts de vos ennemis. vous avez couronné vos exploits par la paix qui assure l'indépendance de l'Italie et procure à la France une gloire nouvelle."
Il est vraiment difficile de se montrer plus sectaire en déformant la vérité ; en désignant Napoléon III comme un génie alors que Thiers le traite de "grande incapacité méconnue", que Bismarck ajoute "qu'il ferait mieux de s'occuper de betteraves que de politique" et que la bataille de Solférino a été une véritable boucherie qui a décidé le suisse Henri Dunand à créer la Croix-Rouge.
Après une nouvelle lettre du 6 juin 1867 fustigeant un second attentant contre Napoléon III, les conseillers municipaux d'Orgelet et de La Tour-du-Meix ne s'adresseront plus à l'empereur. Il est vrai que le désastre de Sedan du 2 septembre 1870 provoquait la chute de l'empire et de tous les conseillers municipaux bonapartistes... et les plus acharnés partisans de l'empereur, en quelques jours, devinrent de farouches partisans de la IIIe République.
 
André Jeannin
Article paru dans "Le Progrès" le 25 février 2001
 

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