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Quand le collège... paradisiaque deviendra cours complémentaire

le collège d'OrgeletD'après un mémorial de 1807, l'école secondaire d'Orgelet comporte un pensionnat et toujours « rien ne sera négligé pour rendre la vie agréable aux pensionnaires ». Et suit une liste impressionnante des bienfaits « une nourriture saine et substantielle, les exercices du corps, des récréations honnêtes que l'on emploiera pour faciliter en eux les développements de la nature et pour les dédommager des dégoûts et des ennuis que l'étude fait naître quelquefois dans un âge qui est celui de l'inconstance ». Les promenades se feront toujours sous la direction de l'un des professeurs afin que les élèves « ne puissent se livrer à une trop grande dissipation ». Et puis on évoque « un local vaste et commode » avec « des chambres séparées » pour les pensionnaires. Ceux qui l'ont été pendant les quarante premières années du XXe siècle ne croient guère à ce bien-être annoncé... à moins que les chambres ne fussent que des guérites ou que les pensionnaires fussent rares.

En tout cas cet Eden d'internes est présenté comme la garantie d'une bonne santé car « l'air que l'on respire dans le pays est pur » et si par hasard l'un des résidents venait à tomber malade « il trouverait dans les instituteurs le dévouement du père le plus tendre » ; si la maladie s'annonçait pour être grave « on aurait soin d'en avertir les parents. » (Heureusement tout de même !). On est bien loin tout de même de ce collège présenté à la fin du XIXe siècle par un de ses pensionnaires, le jeune Camuset qui évoque dans une poésie sarcastique « l'affreux petit collège où il fut interné » avec « un économe à l'avarice impudente, un poële mourant, une classe grelottante, un préau ténébreux et surtout les engelures empourprées qui, sur les doigts crevassés et les mentons bleuis incrustaient leurs rubis ».

Entrée du collège d'OrgeletPeut-être oublie-t-on en 1807 ces engelures en lisant « les livres instructifs », que contient une bibliothèque et qui seront un moyen de « former le style des lecteurs et d'orner leur esprit ». Le prix de cette pension est de 30 francs par mois payés d'avance par trimestre. Outre la nourriture on se charge sur ce prix du blanchissage de la fourniture de l'encre, de plumes et de papier. Par contre chaque élève doit apporter en entrant au pensionnat six serviettes, trois paires de draps, un traversin et deux couvertures de lit.

Cette école secondaire disparaîtra après les lois de la laïcité et le 1er mai 1885 sera créé un cours complémentaire annexé à l'école primaire de garçons dont ne profitaient toujours pas les filles. Il recevra huit élèves mais justement, faute d'effectifs, il sera supprimé le 1er novembre 1889 sur décision du conseil municipal et réapparaîtra en 1896.

Le directeur M. Michelin, professeur unique, polyvalent, doté d'une seule salle, dirigera les grands élèves surtout vers les mé-tiers des Ponts et Chaussées. Une originalité pendant cette période : la France qui a perdu l'Alsace Lorraine rêve de revanche et pour y préparer les jeunes, les collégiens sont contraints d'assister aux séances de préparation militaire données par les gendarmes.

Et le C.C. vivotera avec la même structure jusqu'à 1932 où l'on y admettra les filles, toujours dans une classe unique mais avec deux professeurs. La mixité de cet établissement a provoqué l'ire du clergé et même le mécontentement d'enseignants de l'école de filles qui ont continué, après le certificat d'études, d'envoyer leurs élèves les plus douées au collège à Lons-le-Saunier. Et les premières filles qui ont brisé les tabous - certaines vivent encore - étaient très mal considérées par une partie de la population rétrograde... Il y avait encore une classe unique et les élèves suivaient - à part les mathématiques - les mêmes cours de la 6e à la 3e. Les effectifs augmentant par suite de l'arrivée des filles et des élèves venus d'Arinthod et de Saint-Julien, une seconde classe fut nécessaire.

Et puis le C.C. prit une extension rapide. Il fut doté d'autres classes et d'un internat filles et garçons très peuplé. Ce dernier ne fut jamais la panacée ce ne sont pas les élèves pensionnaires de l'époque qui me contrediront...

A. JEANNIN
Article paru dans Le Progrès le 31 décembre 2000

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