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Quand l'école maternelle était appelée "asile"

Quatre-vingt-huit élèves étaient accueillis dans cet établissement d'assistance charitable en 1867.

Quand, pendant plus de deux siècles, des générations d'écoliers ont fréquenté le même bâtiment scolaire, il a été accumulé, par les enseignants, des tonnes de documents. A l'heure du déménagement pour occuper une école neuve, on en retrouve quelques-uns d'intéressants, comme ces deux registres qui datent de 1868, à l'époque de l'Empire libéral.

Entrée de l'école maternelle d'OrgeletA cette date, les lois Jules Ferry n'ont pas encore été votées. Cependant, l'instruction primaire a été organisée par les lois Guizot en 1831-32 et Duroy en 1864. A Orgelet, en 1868, existaient des classes primaires et aussi une espèce d'école maternelle, appelée « asile », qui ressemblait plutôt à un établissement d'assistance charitable... Les registres retrouvés nous renseignent d'abord sur le fonctionnement de l'école, ensuite sur la société orgeletaine de l'époque.

Le fonctionnement de l'école

A l'asile, pendant l'année scolaire 1867-1868, sont inscrits 88 élèves (48 garçons et 40 filles) nés plus les plus jeunes en 1864 et pour les plus âgés en 1862. Deux institutrices, dont la directrice Mlle Thurel, les surveillent et les éduquent.

Des visites de contrôle sont organisées par le maire de la localité (en 1868, M. Devaux) et par le Comité des dames patronnesses dont la responsable est Mme Menouillard (un nom courant à Orgelet). Le maire et le comité font un rapport succinct de chacune de leurs visites. Ainsi, le 24 décembre 1867, le maire Devaux se montre « satisfait du premier résultat obtenu depuis l'ouverture de l'établissement et du zèle et du dévouement de la directrice qui remplit bien sa fonction. » Quant aux dames patronnesses qui ont assisté à « différents exercices », leur rapport est aussi très élogieux pour la directrice.

Mais l'asile est aussi visité par d'autres notabilités : le préfet qui, le 23 avril 1869, a « apprécié l'excellente organisation de cet établissement d'assistance charitable », le député du Jura, président du Conseil général, titulaire de la Légion d'honneur qui, le 13 mai 1869, termine son rapport par cette envolée un peu grandiloquente : « Je n'ai pas vu sans une émotion intense la salle d'asile d'Orgelet, la bonne tenue des petits enfants, leur air poli et réservé et l'apparence d'une forte constitution ; parler des dames de la ville qui entourent de leur plus vigilante sollicitude cet espoir naissant de la génération qui suivra la nôtre serait blesser peut-être leur modestie. »

Enfin, l'inspection la plus complète est celle de la déléguée spéciale pour la visite des salles de l'académie de Besançon : Mlle Sarrazin. Dans un long rapport, elle donne des titres de livres pour les leçons de choses, souhaite la construction d'un préau contre le mur de la gendarmerie, rappelle l'obligation de n'accepter que des enfants peignés, lavés et vêtus proprement et conseille de « planter le long des murailles des lierres et des vignes-vierges pour empêcher la chaleur étouffante produite dans la cour par la réflexion du soleil sur les pierres nues. »

La vie économique en 1868

Ces registres permettent aussi d'évoquer la vie économique d'Orgelet à cette fin du Second Empire. Les métiers des parents qui figurent sur les listes d'inscription des élèves sont d'une étonnante variété : 31 différents pour 88 inscrits. A cette époque, les Orgeletains étaient artisans (charpentier, menuisier, tourneur de chaises, ferblantier, maçon, sabotier, maréchal-ferrant, horloger, jardinier, cordonnier, corroyeur, tailleur), commerçants (aubergiste, cafetier, boucher, marchand), ouvriers (journalier, manoeuvre, domestique, tanneur), cultivateur ; fonctionnaires (instituteur, gendarme, garde général, garde des forêts, agent de ville) et puis aussi huissier, employé au bureau des messageries... Les plus souvent cités sur le registre sont : cordonnier (6 fois), tanneurs (6 fois) — il est vrai que la tannerie était encore une des activités primordiales d'Orgelet) — et puis aussi aubergiste (5 fois) et marchand (9 fois) sans précision.

Enfin, pour la petite histoire, sachons que 23 filles sur 40 portaient le prénom de Marie, tandis que pour les garçons la préférence allait à Louis, Henri et Auguste.

André JEANNIN
Article paru dans le Progrès le 7 novembre 1999
 

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