La cité et sa région > Florilège des articles d'André Jeannin > publiés en 1999 > En 1930, sur la longue ligne droite de la route de Lons

La longue logne droite de la route de LOnsSi un Orgeletain disparu depuis cinquante ans, pouvait revenir dans la cité de Cadet Roussel, il aurait vraiment du mal à la reconnaître. Ce qui le surprendrait le plus peut-être, c'est la transformation du paysage de la route de Lons comme on l'appelait autrefois, rebaptisée « Cadet Roussel » et qui maintenant d'ailleurs est doublée d'une rue parallèle dite de l'Industrie nom parfaitement choisi, car riche en bâtiments industriels parfois de grande importance et même commerciaux.

En 1930, les dernières ou les premières maisons orgeletaines sur cette route étaient deux fermes très importantes, à gauche en quittant la ville, celle de la famille Guyot avec sa cour fermée, les écuries et granges perpendiculaires aux logements des propriétaires, à droite, celle de la famille Cabut en contrebas, s'ouvrant sur un vaste pré où ruminaient calmement des vaches pie rouge de l'Est, au pis gonflé.

Au-delà, s'élance vers Lons-le-Saunier, un ruban goudronné, droit et long, de deux kilomètres, qui n'accepte que deux ramifications : un chemin étroit qui permet d'accéder au hameau de Vampornay, avec ses quelques impor-tantes maisons fermes qui s'abritent sous les premiers remparts du Mont-Orgier et de l'autre côté, une route de « traverse » le chemin des Alamans (et non pas des Allemands) envahisseurs germaniques de la fin du Ve siècle qui permet d'accéder à la route de Moutonne... A peine plus loin, à l'extrémité de la Plaine, un pont enjambe la Torreigne et appuyés contre son parapet des jeunes Orgeletains, chaque jeudi, taquinent le vairon ou la grenouille.

Les établissement Mouret à OrgeletLes deux côtés de cette route s'étendent des champs assez étroits d'un côté puisqu'ils vont buter les premières arêtes du Mont-Orgier qui grimpe progressivement par une zone de buis et de genévriers jusqu'à son sommet couronné de pins. De l'autre côté, des étendues de prés qui se confondent bien vite avec la plaine du Vernois très humide. C'est là que se trouve actuellement toute la zone industrielle orgeletaine.

Les agriculteurs très nombreux à cette époque pratiquent la polyculture, aussi, suivant les saisons, le paysage change ! Ainsi fleurissent les prairies qui embaument en juin le foin coupé, se dorent en été les blés, les avoines et les orges, éclatent en automne les mauves des fleurs des pommes de terre que récoltera chaque famille orgeletaine qui pendant la période des restrictions, louait quelques « raies » de terrain. C'était la corvée des écoliers, juste avant la rentrée de ramasser dans ces raies ouvertes au « fessou » les tubercules. Au bord d'un de ces champs, à quelque 1,5km d'Orgelet s'élevait une maisonnette qui s'est écroulée depuis peu. Elle était le rendez-vous, chaque samedi et dimanche des passionnés de tirs, qui venaient tester leur adresse en participant à des concours organisés par une association de préparation militaire. A cinquante mètres s'imposait une grande cible sur laquelle on tirait à balles et caché dans une petite galerie sou-terraine creusée dans la pente du Mont-Orgier, un commissaire indiquait à l'aide d'une espèce de tête de loup, l'impact de la balle sur la cible. Quand le commissaire en avait assez de jouer à la taupe, il brandissait un drapeau blanc et les tirs cessaient immédiatement. Ces concours ont duré de longues années et de nos jours le fossé dans lequel s'abritait le commissaire, très difficile à retrouver est encore visible mais encombré de ronces.

Le tacot pour Lons-le-SaunierC'est aussi sur cette ligne droite de la route de Lons, que le train - le tacot - jusqu'en 1947, oscillant sur ses rails, profitant de la plaine pour augmenter sa vitesse, annonçait sa prochaine arrivée à la gare d'Orgelet à grands coups de sifflet et des hoquets de vapeur. Et les voyageurs des escarbilles pleins les yeux les fesses talées par les sièges de bois après deux heures de trajet poussaient un ouf de soulagement.

André Jeannin
Article paru dans Le Progrès le 5 avril 1999
 

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