Association de Sauvegarde du Patrimoine Historique et naturel d'Orgelet et sa Région

Association de sauvegarde du patrimoine historique et naturel d'Orgelet et sa région

La cité et sa région > Florilège des articles d'André Jeannin > publiés en 1998 > Rues et statues  

Orgelet, cité de caractère est d'après Rousset, riche en «grands hommes» qui paraissent pourtant complètement oubliés à l'aube du 3eme millénaire. Seules trois rues de la ville et depuis peu de temps rap­pellent qu'ils ont existé : Cadet­ Roussel, Marie-Candide Buffet, Chanoine Clément.
Ce dernier né en 1860, mort en 1939, était un passionné de l'his­toire d'Orgelet et ses chroniques écrites sur le bulletin paroissial des débuts 1900 à 1936 sont très inté­ressantes. Les Orgeletains qui possèdent toute la collection la conser­vent précieusement sur la plaque métallique qui annonce sa rue, Marie-Candide-Buffet né en 1797 à Or­gelet est «l'inventeur de l'accordéon». C'est aller un peu vite en besogne, car en vérité, il n'a réalisé que quelques légères transformations. Plus drôle, cette plaque de rue, pour l'accord erroné du participe, laisse sup­poser qu'il est du sexe féminin... Alors c'est que les Orgeletains le connaissent mal. Mais au juste savent-ils où se trouvent les rues du Cha­noine et de l'inventeur?
Quant à Cadet Roussel «l'enfant du pays» qu'une méchante édition du dictionnaire a qualifié «d'homme niais», il ne doit sa popularité qu'au personnage de la chanson où il possède tout par trois et il est «remis en selle» actuellement par un engouement municipal qui s'explique parce qu'il peut servir de thème à une fête locale, spécifiquement orgeletaine.

Trois noms de rue seulement pour ne pas oublier des Orgeletains d'origine, c'est peu... Pourquoi pas une rue Athanase-Babey cet avocat du roi élu député aux Etats généraux de 1789 qui seront transformés en as­semblée constituante et qui s'y fera remarquer de suite par «son zèle pour la réforme des anciens abus» . Réélu à la Convention, modéré, il est fa­vorable aux Girondins et sera mis hors la loi après les arrestations du 2 juin 1793 des 22 députés de son parti, mais il réapparaîtra comme dé­puté pendant la période thermidorienne de la Convention. On ne connaît pas d'autre député orgeletain dans toutes les autres législatures... Alors ? Pas de buste, ni de statue pour immortaliser un génie local. Les Orgeletains craignent l'idolâtrie; à part Dieu, ils n'adorent personne, à part, par intermittence Cadet Roussel que certains rêvent de statufier et dont le nom de balance déjà en arc de triomphe aux entrées principales de la ville. Ceux qui géraient la ville autrefois, détestaient ce genre de sculp­ture et lui refusaient toute souscription.
Ainsi le 16 mai 1897 pour élever un monument à Victor Hugo et Duruy le conseil regrette «de ne pouvoir associer la ville à cette bonne oeuvre faute de ressources disponibles». Même refus pour les mêmes raisons le 13 août 1899 pour faire participer la ville à l'érection d'une statue de Gambetta à Nice. Et pourtant au cours d'une séance extraordinaire du 7 janvier 1883 les édiles locaux «interprètes des sentiments de la popula­tion» expriment «la douleur qu'ils ressentent de la perte immense que fait la France en la personne de Léon Gambetta, le grand patriote». Après tout, il est peut-être réel qu'Orgelet à cette époque manquait de ressources puisque le 12 mai 1907 sur proposition du maire Vernier, le conseil mu­nicipal vote à l'unanimité la suppression des prix décernés aux élèves des écoles publiques d'Orgelet de façon à réaliser des économies...

Alors Orgelet pays sans statue? Pas tout à fait car à l'époque des vaches maigres le 16 juin 1889 le conseil municipal vote une somme de 500 francs pour l'achat d'une statue à placer sur la fontaine pu­blique de la place au Vin. Et depuis cette année-là, alors que Paris se dotait de la tour Eiffel, le pays de Cadet Roussel ju­chait sur le bassin qui n'existe plus une Vénus vêtue de dra­peries qui cachent tout de son anato­mie, portant une cruche qu'elle incli­ne comme si l'eau de cette fontaine sortait du récipient. Les Orgeletains sont tellement habitués à cette unique statue qu'ils l'ignorent presque et on peut regretter peut-être que les conseillers de 1889, pudiques, n'aient pas choisi une Vénus callipyge.

ANDRÉ JEANNIN
Article paru dans "Le Progrès" le 11/01/1998

Note complémentaire de l'ASPHOR :
Depuis la parution de cet article, il faut noter qu'un nouvel espace socio-culturel construit par la municipalité porte de nom de Marie Candide Buffet, et qu'en l'honneur de Cadet Roussel, une stelle a été edifiée ; de même lors de la création d'un nouveau lotissement, les nouvelles rues portent le nom de Claude Pidoux, Joseph Cordier et Augustin Jault
L'auteur ne mentionne pas également que le collège d'Orgelet porte le nom de Michel Brezillon

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