Association de Sauvegarde du Patrimoine Historique et naturel d'Orgelet et sa Région

Association de sauvegarde du patrimoine historique et naturel d'Orgelet et sa région

La cité et sa région > Florilège des articles d'André Jeannin > publiés en 1998 > La rue de la République autrefois  

Rue de la République à Orgelet (Jura)Elle s'appelait depuis longtemps rue des Fontaines, débutait à son intersection avec la rue du Château et descendait jusqu'au confluent de la Tisserie et de la rue des Boucheries. Au niveau de la mairie, une ancienne maison seigneuriale ayant appartenu à la famille Dagay ruinée par les guerres du XVlle siècle, elle s'élargit et pom­peusement devenait place Saint­Louis et le souvenir des Capétiens se prolongea jusqu'après la s­conde guerre mondiale, créant une espèce d'anachronisme avec la rue de la République, nouvelle désignation de la rue des Fontaines. Ce n'est qu'après la guerre qu'elle devint «place des Déportés» en souvenir d'événements tragiques.
Artère commerciale très active, cette rue et cette place ont juxtaposé des commerces, des artisans, des professions libérales solidement ancrés et d'autres plutôt éphémères. Ainsi, aujourd'hui encore deux boucheries perpétuent la tradition de jadis par la qualité de leurs produits et les anciens sont bien obligés de se souvenir des fameuses boulettes du père Gautier et du succulent pâté en croûte du Titi. Deux boulangeries face à face tiennent le coup depuis fort longtemps: on était boulanger de père en fils chez les Malessard, de véritables artistes pour produire un pain cuit au feu de bois très apprécié ; au père Adrien et surtout au Fernand Menain s'attache le souvenir des agriculteurs amenant cuire au four dans des vanottes, la pâte à pain et sortant peu de temps après, avec des miches bien dorées que les jeunes, soumis aux restrictions, dévoraient... des yeux seulement...
Et puis voici l'immense devanture du marchand de confection Goutsolard, originaire de la lointaine Auvergne, un homme pour qui un sou était un sou, mais qui vendait «de la bonne patte». Et ils furent nombreux les jeunes Orgletains à avoir endossé leur premier costume bleu marine avec un brassard blanc de premier communiant acheté dans ce magasin.

On se souviendra toujours aussi des deux épicières de la rue : la Charlotte et l'Alice. Le magasin de la première, austère demoiselle toujours habillée de noir affublée d'un sempiternel châle à franges était un modèle de rangement, témoignant la maniaquerie de la vieille fille, mais pourtant l'Alice, célibataire âgée aussi, faisait de son magasin un incroyable capharnaum. Ces deux boutiques étaient fréquentées par les écoliers car on y trouvait toutes sortes de friandises pas chères mais pas question d'en chaparder : l'Alice avait un don de prémonition et surgissait avant qu'entre le client, tandis que la Charlotte arrivait essoufflée de son lointain appartement, mais elle était attendue sagement, tant elle en imposait.
Enraciné aussi le café Parnet­Perrier. Quand les tanneries fonctionnaient bien les ouvriers y faisaient de nombreuses haltes pour boire une chopine de rouge ou un marc suivant l'heure. Plus tard quand fermeront les tanneries, on y viendra jouer au tarot et le quatuor «Joseph, le docteur, le Paul et le Natole» est aussi connu que celui du film «Marius».
Enfin dès le début du XXe siècle et presque jusqu'à la guerre, le laboratoire Grandclément a connu une réputation exceptionnelle avec sa pommade Philocome qui empêchait la chute des cheveux et d'autres composés chimiques qui faisaient disparaître les taches de rousseur, les plaies variqueuses, les dartres, les engelures. Et comme le bâtiment rue de la République n'avait pas l'apparence d'un groupe industriel, la photo publicitaire fallacieuse en avait choisi un plus important sur lequel fumaient de très hautes cheminées.
Parmi les commerçants et artisans éphémères, Jean le cordonnier, bossu à force d'être penché sur son établi, deux coiffeurs: Jean Reverchon un ancien athlète local et Lili Buffard dont la devanture noire faisait penser à un magasin de pompes funèbres ; la boulangerie Michaud qui, après quelques sursauts de successeurs entreprenants cessa d'exister en tant que magasin.
Enfin la rue de la République attirait pour un temps les gens du corps médical : les Drs Gautier, Parnet, Lupanof Rey y tinrent cabinet ainsi que la sage-femme Mme Maraud, le dentiste M. Burdy... et même la pharmacie Rodde avant de s'établir rue de l'Eglise.

André Jeannin
Article paru dans "le Progrès" en avril 1998

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