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Quartier de la gare et route de Merlia dans les années 1930

Quartier de la gare, à OrgeletDans les années 1930, on l'appelait le «Quartier de la Gare» et on ne se posait pas la question de savoir où il commençait, probablement après le confluent de la rue des Fossés et de celle de Vallière. Parfois, cependant, la partie plus large était baptisée par les Orgeletains «place de la Bascule» tout simplement parce que, en face du monument aux morts, une construction pas plus grande qu'une guérite abritait le poids public où s'arrêtaient les grumiers pour peser les troncs d'arbres empilés sur les «barias».

A partir de cette bascule, on découvrait alors la route de Merlia, droite comme l'épine dorsale d'un poisson, qui pendant plus d'un kilomètre opposait sa blancheur à la verdure des champs environnants et l'on pouvait compter sur les doigts des deux mains les constructions qui la bordaient. La poste d'OrgeletTout d'abord, transplantée là de la place Saint-Louis (actuelle place des Déportés) depuis 1910, la poste avec ses bureaux et salle d'attente au rez-de-chaussée et son logement à l'étage. Elle était moins fréquentée qu'actuellement, mais plus mystérieuse, car au fond ce panneau avec de petits volets qui basculaient par simple pression du doigt pour découvrir de petits orifices circulaires dans lesquels une employée casquée, écouteurs aux oreilles, enfilaient deux fiches, intriguait.

Ainsi s'établissait à l'époque, une communication téléphonique. A côté de la poste et perpendiculairement dominait la maison d'habitation du menuisier et devant, minuscule, le café des Sports qui deviendra le rendez-vous des boulistes quand au début des années 1930, sera construit, à proximité le boulodrome. Cette maison d'habitation sera incendiée par les Allemands le 11 juillet 1944, parce que le locataire faisait partie de la Résistance connu sous le pseudonyme de Capitaine Vincent.

Tournerie Dalloz à Orgelet, en face de la gareAprès le chemin du Mont s'étale un ensemble important. Il comprend de vastes bâtiments d'habitation, un atelier de construction et de réparation, une petite tournerie appartenant à la société E. Dalloz et ses fils qui propose des tours à bois et répare le matériel agticole dans une cacophonie de sonorités métalliques et une vision de l'enfer avec ses braises rougeoyantes, sa chaleur toride et sa fumée étouffante... La tournerie, parallélépipède rectangulaire, éclairée par de vastes baies, occupe un ou deux ouvriers qui fa-çonnent de petites bobines... Le dimanche quand ne fonctionne plus le soufflet de la forge, les footballeurs orgeletains utilisent l'atelier pour vestiaire.

On trouve encore de ce côté une espèce de hangar où sont logées des machines à battre, puis plus loin l'usine Rousset Roland, une des plus importantes tourneries de la localité produisant des bobines de toutes dimensions employant pour cela de nombreux jeunes Orgelétains qui formeront l'ossature de la première équipe de football qui a existé, car le stade était à proximité et permettait un entraînement journalier à la sortie du travail.

L'autre côté de la rue n'est pas plus garnie. Trois bâtiments sont disposés en triangle, la maison du maire de l'époque Amand Verguet, marchand de vin en gros, d'où la profondeur des caves et le vacarme des tonneaux qu'on roule ; la gare en pleine apogée d'activités et la scierie Girod qui laisse aux garnements de l'époque le souvenir de ces parties de wagonnets lancés à toute vitesse sur les mini-rails.

Vue générale d'Orgelet depuis la route de MerliaEt c'est tout, pas d'autres constructions, la route de Merlia s'en va vers le hameau accompagnée de la voie ferrée, bordée à droite de champs qui grimpent par bosses vers le plateau du Mont, rayés de haies de noisetiers, barrés de bouquets de sapins. A gauche, les champs cultivés basculent vers la vallée de la Va-louse riches en céréales et en noyers que pillent les enfants de Merlia au retour de l'école d'Orgelet par cet-te route monotone qu'ils parcourent deux fois par jour, le cartable et la musette à provisions pour le repas leur sciant l'épaule.

Le paysage de nos jours a changé. La route de Merlia devenue avenue Lacuzon a vu de chaque côté ses champs mangés par les lotissements successifs. Et dans les maisons qui s'entassent dans les nouveaux quartiers vit la moitié de la population orgelétaine.

ANDRÉ JEANNIN
Article paru dans Le Progrès le 16 mars 1997
 

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