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Vivre au bourg de Merlia avant guerre

Le "bourg de Merlia" est devenu un quartier essentiellement résidentiel. Dans de coquette maisons restaurées ou transformées, les habitants y connaissent le calme et la sécurité comme autrefois d'ailleurs, quand l'échevin fermai pour la nuit la lourde porte des remparts.

Et s'il est vrai cependant que le vaste bâtiment de la Grenette, devenu Gymnase Theron immédiatement après guerre, puis salle de danse, accueille parfois le samedi soir les convives d'un souper dansant qui perturbe la tranquillité du quartier, les habitants le tolèrent à condition que ce ne soit pas trop souvent.

Le portailLe vieux portail d'Orgelet

Le bourg de Merlia, s'il a perdu son « grand galliot » (mare) du XVIIe siècle servant à laver « les bestes chevalines, les linges et buès » (lessives) qui se situait à l'emplacement même de la Grenette et qui était alimenté par le trop plein de la fontaine rue de la Tisserie, s'il a perdu son bâtiment des boucheries de la même époque où l'on abattait les animaux et y vendait les viandes, s'il a perdu ses marchés des planches, des bois et des meubles ou des semences, a conservé, par son portail, les vestiges de la porte des remparts de la ville, consolidée par la construction au-dessus et à l'extérieur en 1702 d'une maison.

Richesse du patrimoine

Et les habitants du bourg de Merlia sont jaloux de leur portail qu'ils considèrent comme une richesse du patrimoine local, de leur patrimoine car ils sont particularistes, plus « Bourg merliatains » qu'Orgeletains... La preuve, ceux qui y sont nés ou qui y ont habité se souviendront toujours de leurs épiques parties de football, sous ce portail, de leurs bagarres dans les « fenaux » des cultivateurs, des combats-douches auprès de la fontaine, des retours des troupeaux et de leur arrêt pour boire dans le bassin de la fontaine, du ramassage des liens dans la poussière à l'époque des battages et de leur participation aux repas pantagruéliques.

Des couleurs, des parfums et des bruits

Place du bourg de Merlia à OrgeletEt l'imagination recrée le décor, celui des vieilles cartes postales avec les maisons aux pièces exigues, mais aux vastes granges, profondes écuries et hauts fenils des nom-breux cultivateurs-éleveurs avec la petite tournerie artisanale qui fait gémir sa rotative en bas du portail, la petite cordonnerie qui fleure bon le cuir, avec l'hôtel-restaurant à l'enseigne du Cheval blanc dessinée sur la façade par un peintre local et qui bourdonnait comme une ruche les jours de foire, avec le café des Halles pourvoyeurs de « canons » ou de chopines pour les hommes du quartier et de tourteaux pour les éleveurs, avec la fon-taine où s'abreuvaient les troupeaux avec les bancs en bois devant toutes les portes sur lesquelles on s'asseayait le soir, pour bavarder amicalement avec des gestes de conspirateurs... Mais au fait, n'en étaient-ils pas à force de vivre dans des maisons qui s'ouvraient sur la place, mais qui, par des cours obscures, des couloirs borgnes, des escaliers dérobés débouchaient subrepticement sur la rue de la République ou sur le boulevard des Remparts.

Les veillées plus l'école

Les gens du quartier aujourd'hui ont recréé les veillées de jadis... L'arbre qui prête son ombre est jeune, le bassin de la fontaine est devenu vasque à fleurs... mais il leur manque les arpèges d'un filet d'eau et le va-et-vient des écoliers de la maternelle et des classes primaires qui ne passent plus par le quartier depuis que s'est construit un autre groupe scolaire.

André Jeannin
Article paru dans Le Progrès du 2 février 1992
 

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