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Notre-Dame d'Orgelet, un joyau architectural

Gravure du clocher de l'église d'Orgelet. Publié dans "Eglises jurassiennes, romanes et gothiques" - Pierre LacroixDe quelque côté que l'on arrive à Orgelet, apparait soudain au-dessus des frondaisons et des toits aux tuiles patinées du bourg groupé à son pied, l'église et son clocher monumental à la fois robuste et élancé. Le touriste fera ample moisson de cartes postales et de clichés, mais seul l'Orgeletain aura le privilège de voir son église chaque jour... et il ne l'échangerait pas contre la tour Eiffel.

HISTORIQUE

Il est difficile d'affirmer avec précision la date de la construction de la première église mais ce qui est certain, c'est qu'en 1275 existe déja une paroisse à Orgelet. Le vicaire perpétuel chargé de sa desserte était nommé par l'archevêque de Besançon. Et puis au siècle suivant naitra un corps de chapelains qui s'organisa en familiarité. Ils étaient une vingtaine, originaires du lieu et demeuraient rue des Prêtres. Il est donc probable qu'une église existe en 1275, alors qu'avant les offices avaient lieu dans une chapelle castrale desservie par l'un des chapelains du seigneur.

Plus tard, en 1455, puis 1522, les « terriers » du château, sortes de registres seigneuriaux, font mention « d'une belle et spacieuse église paroissiale qui fait partie des remparts de la ville ». Cette vieille église n'échappera pas au terrible incendie de 1606 qui détruisit 52 maisons. Elle sera alors reconstruite sur un plan nouveau, seuls la chapelle nord et le clocher pouvant être conservés. Les travaux dureront 26 ans et ce n'est qu'en 1633 que l'édifice sera achevé prenant à peu près l'aspect qu'il a aujourd'hui. A peu près. car il sera endommagé pendant la guerre de Dix ans, en 1636-1637... et il faudra réparer le clocher auquel on adjoindra un dôme, ravaler la façade sur laquelle sera placé un cadran d'horloge. Peu de transformations alors jusqu'à son classement parmi les monuments histor-ques en 1913 si ce n'est la réparation de la flèche du clocher détruite lors d'un incendie lors de la guerre qui en 1634 opposa les Francs-Comtois aux Français.

L'eglise d'OrgeletREGARDS SUR L'EXTERIEUR

Ce qui surprendra d'abord, c'est la hauteur du clocher, espéce de tour carrée de 55 mètres d'une envolée audacieuse, flanquée d'une tourelle, flèche de pierre, éclairée de quelques meurtrières grillées et dans laquelle grimpe jusqu'au dernier étage, un étroit escalier de pierre, en colimaçon. Tout au-dessus l'oeil discerne le dôme et le lanternon, la galerie entourée d'une barrière en bois qui court sur trois côtés de l'édifice, une gargouille en pierre qui donne le vertige. Puis le regard descend le long de la façade pour surprendre un cadran avec une seule aiguille, puis tout en bas le portail orné par un jeu de baguettes flamboyantes qui encadrent deux niches sans statue.

L'observation se continue par le chevet, puis on revient sous les petits arbres à l'emplacement d'un ancien cimetière. On découvre d'ici  l'opposition des volumes, les contreforts qui raidissent le vaisseau, prolongé parfois en murs boutants, le dessin qui anime le sommet des baies, la toiture recouve-te récemment en belle lave. A l'ouest, une façade sans porte, peu élégante, rappelle les remparts qui ceinturaient la ville.

Côté nord, on reconnait les chapelles ajoutées à l'église médiévale. Le réseau qui découpe leurs ouvertures est de style flamboyant.

VISITE A L'INTERIEURL'église d'Orgelet avant sa restauration

Dès que l'on pénètre par le porche à l'intérieur de l'église on est surpris par la semi-pénombre qui y règne malgré les immenses ouvertures gothiques garnies de superbes vitraux qui percent la façade au-dessus du choeur. Et le visiteur découvre peu à peu la forme cruciforme de l'église, avec sa grande nef de cinq travées surmontée de galeries interrompues par un transept de deux travées, mais réunies à l'ouest par la tribune qu'on atteint par des escaliers, les nombreuses chapelles, l'autel ancien et le tabernacle en marbre, le choeur formé par une grille et pavé, les stalles en bois, ornées de colonnes et de pilastres cannelés avec chapiteaux coniques, le lutrin formé d'un aigle à deux têtes couronnés, emblème de Charles Quint.

Saint-Joseph, patron de la bonne mort. Peint par Adrien Richard, et offert par la confrérie de l'Agonie en 1729En face du choeur, surgit l'orgue le plus ancien en service dans le Jura, avec son clavier et son pédalier à la française, son sobre buffet où sont gravées les armoiries d'Orgelet : trois épis doge d'or sur un fond d'azur, ses tuyaux de métal, dix jeux étagés de 8 à 2 pieds. A gauche des escaliers s'élèvent jusqu'à la chaire, surmontée d'un ange qui annonce la résurrection à grands airs de trompette. Il reste alors à visiter les nombreuses chapelles pour détecter leurs trésors, des tableaux dont le temps a parfois déteint les couleurs, effacé les formes, crevé la toile. Parmi les mieux conservés, quelques portraits de saints (Saint-Claude, Saint-André, Saint-Joseph) ou des compositions (présentation de Marie au temple, la crucifixion). Les statues décoratives sont assez frustres et n'attirent guère les regards qui s'attardent cependant sur un immense Christ sur sa croix.

Par contre, ils observent avec curiosité les nombreuses pierres tombales - celles de commerçants et d'officiers du bailliage - qui sont utilisées, dans la tradition de l'époque, comme dalles. Et puis chacun découvrira encore ce qui l'intéresse, les croisées d'ogives qui s'appuient sur des piliers carrés, des pilastres, des colonnettes d'angles surmontées de chapiteaux et même les empreintes du vandalisme révolutionnaire pendant la période de déchristianisation.

Notre-Dame d'Orgelet mérite donc bien une visite et une prière s'impose pour que les Beaux-Arts fassent les travaux d'entretien absolument nécessaires et urgents à l'intérieur de l'église et restaurent les tableaux de valeur qui se dégradent d'année en année.

Références : Rousset (dictionnaire des communes du Jura).
Gaucher de Salins (Orgelet et sa région).
Pierre Lacroix (Orgelet et son église).

André JEANNIN
Article paru dans le Progrès le 29 novembre 1982

 

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