Association de Sauvegarde du Patrimoine Historique et naturel d'Orgelet et sa Région

Association de sauvegarde du patrimoine historique et naturel d'Orgelet et sa région

La cité et sa région > Florilège des articles d'André Jeannin > Non datés > Noces autrefois à Orgelet  

Le mariage est un des actes le plus important de la vie. Tout au long de l'histoire orgeletaine des textes nous renseignent sur cette cérémonie. Ainsi, dans la charte oc­troyée à ses sujets par Jéhan de Chalon en 1266 l'article VIII précise «le droit d'épousailles dû aux vi­caires et chapelains par homme et femme est de cinq sous et une écuel­le de la viande de la noce d'une va­leur de 3 sous. En outre, l'époux donne 12 deniers à la porte de l'égli­se. Le lendemain des noces le mari doit offrir à la grand'messe parois­siale une pinte de vin et l'épouse une chandelle et un pain.
La permission de se marier hors d'Orgelet coûtera dix sous.
Il n'est pas évoqué dans cette charte le droit de cuissage dû dans certaines régions au Seigneur!

Bondissons par-dessus quelques siècles pour évoquer au XVlle siècle une étrange coutume de la demande en mariage par un délégué du futur, baptisé du nom burlesque de Trouille Bondon. Chez les parents de la jeune fille convoi­tée, l'officieux ami faisait l'éloge des qualités physiques et morales du fiancé en vantant surtout sa fortune. Il arrivait hélas trop souvent que l'envoyé du fiancé s'amourachait de la jeune fille, à la barbe même du fiancé trop crédule dont les préten­tions avortaient.
Mais si la mission était agréée, après que les parents eurent vérifié le rapport qui leur avait été fait, la demande était faite so­lennellement. Alors, au cours d'un festin, le prétendant présentait à la jeune fille, sur une assiette un rou­leau de pièces d'or ou d'argent sui­vant ses ressources pécunières. Si elle mettait les arrhes en poche, c'est qu'elle acceptait le mariage et de­venait donc fiancée. Ne restait plus qu'à publier, les bans et signer les contrats. Evidemment, tous ces pré­liminaires n'intéressaient que les gens de la haute et les bourgeois; en campagne, on faisait moins de si­magrées pour se marier.

Une noce à Orgelet en 1924Passons encore par-dessus deux siècles pour parler des mariages de 1900. Ce n'était guère mieux. La fille, comme à l'époque de Molière était soumi­se à la dictature paternelle et elle était mariée par les parents, maria­ge toujours intéressé où ne man­quait que l'amour entre les deux jeunes gens... Souvenez-vous : M. Prudhomme veut marier sa fille avec M. Machin un jeune homme cos­su!...
Même publication des bans, même signature de contrat, mêmes personnages grimaçants des sou­rires commerciaux à faire sauter les chapeaux haut-forme et éclater les faux-cols en celluloïd; toujours des épithalames, des Hosanna, des gé­nuflexions, des bénédictions d'alliances en or des mésalliances... des faux baisers pour la galerie de la mairie contrainte à une prostitu­tion légalisée...

Un peu plus tard, nait l'émanci­pation et on se marie par amour. On s'est connu déjà sur les bancs de la communale : la première «bona­mie» avait onze ans, des cheveux blonds ; il l'a protégée et puis leur amour naissant s'est amplifié et ils se sont mariés sans aucune diffi­culté ; ou bien, ils se sont heurtés à la réticence des parents, mais les deux amoureux sûrs de leurs senti­ments respectifs n'ont pas renoncé et ils ont triomphé, ou bien encore, ils se sont rencontrés ailleurs sur les lieux de leur travail ou bien «ils étaient nés l'un pour l'autre» com­me le dit le poète Paul Géraldy qui cependant s'interroge : où serons nous ce soir si ce soir là, ta mère t'avait reprise un peu plus tôt, Et si tu n'avais pas rougi sous les lu­mières, quand je voulus t'aider à mettre ton manteau ?
Le consentement parental don­né, commencent les sempiternels épisodes de tout mariage: bague de fiançailles passée au doigt de la pro­mise; fixation de la date du grand jour; entre temps la jeune fille peau­fine son trousseau; le fiancé enter­re bruyamment sa vie de garçon. Et les voilà enfin en salle de mairie après une lente escalade du monu­mental escalier, la fiancée au bras de son père, gênée par sa traîne blanche et les tempes serrées par sa couronne de fleurs d'oranger; le fian­cé tout derrière, avec sa mère. Le maire lira les articles de l'état civil re­latifs aux devoirs des époux, de­mandera le «oui» prononcé dans un silence religieux et les premières larmes des aïeuls... et puis les féli­citations et c'est un couple qui re­descendra l'escalier déjà séparé par­ce que le mariage n'a pas été béni... Procession jusqu'à l'église pour per­mettre aux curieux de critiquer les habits... Agenouillement devant l'autel, psalmodie d'offres en latin in­compréhensible, passage et béné­diction des alliances... Ouf! Cette fois c'est terminé... pas encore avant de se retrouver «enfin seuls» il fau­dra se livrer au supplice de la pho­to participer au festin ouvrir le bal, supporter pour la mariée la main balladeuse qui cherche la jarretelle et puis quand les jeunes époux se seront échappés ils auront à craindre encore l'irruption dans la chambre d'une meute excitée qui les oblige­ra à boire une crème et des gâteaux contenus dans un pot de chambre et qui imitent parfaitement autre chose. C'est pénible de se marier!

ANDRÉ JEANNIN
Article paru dans "Le Progrès"

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