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Et si on grimpait la rue du château

La rue du château à OrgeletElle est tellement pentue cette rue du Château, appelée jadis rue des Halles, qu'elle n'est fréquentée habituellement que par les habitants des coquettes maisons restaurées qui la bordent. De nos jours, ceux qui veulent atteindre le terre-plein sur lequel s'élevait autrefois l'imposante forteresse, résidence des comtes de Chalon, préfèrent passer par la rue du Noyer (ancien chemin de Plaisia) et s'engager sur le sentier qui grimpe raisonnablement à flanc de colline.

Et dire qu'il y a quelques décennies seulement, empruntaient cette rue du Château, tous ceux qui voulaient au sommet jouir de la superbe vue que masque maintenant une végétation forestière, sur les vallées de l'Ain, de la Valouse, les crêts jurassiens et la ville d'Orgelet en fer à cheval autour de son église; les passionnés d'histoire aussi, qui devant le pan de mur de 20 m de longueur, 12 m de hauteur et 1,50 m d'épaisseur, évoquaient la puissante architecture du château disparu après le quadruple démantèlement de 1479 par les troupes de Louis XI, de 1595 par celles du Maréchal de Biron, de 1636 par les armées de Louis XIII, du duc de Longueville et enfin de 1674 par les Français.

Montaient aussi cette rue les amoureux du jardinage qui cultivaient, sous les remparts, quelques ares de terrain en terrasse très fertiles, arrosé par les eaux tirées de profondes citernes jamais taries ; les jeunes scolaires qui, le jeudi ou pendant les vacances, allaient imiter les trois mousquetaires avec des épées en bois ou qui, archéologues en herbe, creusaient vainement le sol pour découvrir le puits dans lequel avaient été précipités les défenseurs du château, ou l'entrée de longs souterrains qui —croyait-on— arrivaient jusqu'à l'église...

La rue du château à OrgeletAu retour, ces enfants descendaient la rue en sautant jusqu'au bas les marche-pied des trottoirs ; enfin gravissaient cette rue, les amoureux qui trouvaient dans la forêt une thébaïde pour leurs premiers baisers et leurs premières confidences.

Moins fréquentée cette rue, elle reste cependant une des plus pittoresques et des plus riches en vestiges historiques, avec d'abord cet imposant bâtiment de la mairie, ancienne maison seigneuriale de la famille Dagay, acquise par la ville à la fin du XVII° siècle, détruite par les Français en 1674, reconstruite en 1715 et restaurée récemment. Esthétiques le grand escalier de pierre, le balcon et sa grille en fer forgé, le cadran solaire sur la façade, les arcades sous lesquelles se tenait le marché des grains, la porte monumentale surmontée d'un fronton.

L'ancienne pharmacie, rue du château à OrgeletEn face, au fond d'un parc obscur, le mystérieux « château » avec sa tour... On pense en le voyant à la Belle au Bois dormant ; puis le mystère demeure avec cette maison, tout à côté, sur la façade de laquelle réapparaissent nettement les grandes lettres de « pharmacie », une officine dont personne ne se souvient avoir vue ici...

La rue du château à OrgeletEn continuant l'ascension, on arrive sur une petite éminence d'où s'élancent vers le ciel deux tilleuls séculaires et de là, on regarde descendre vers la ville les anciens remparts percés de meurtrières, et tenir en équilibre la petite tour carrée, maintenant originale résidence, qui autrefois, surveillait une des portes du château qui ouvrait sur la ville.

Ouf ! la montée a essoufflé, le banc en pierre est le bienvenu. Repos salutaire qui permet d'évoquer le château de jadis... et d'espérer que les carreaux aux motifs variés qui pavaient deux salles découvertes il y a quinze ans environ au cours de fouilles, puissent bientôt être admirés des Orgeletains.1

André Jeannin
Article paru dans Le Progrès
 

1. Note du webmaster : depuis la rédaction de cet article, le carrelage médiéval a été restauré, et il est exposé dans le transept droit de l'église

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