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Ah ! ces foires d'autrefois !

Foire à Orgelet autrefoisActuellement, les foires d'Orgelet, fixées le second mercredi de chaque mois, ne déplacent que quelques forains, fort peu d'acheteurs et de badauds. La principale raison de cette désaffection est assurément la facilité de se rendre dans les villes plus importantes pour faire des achats parce que le choix est plus grand. Cependant, le changement en 1981 des dates de la foire, demandé par les forains eux-mêmes, a eu des conséquences néfastes. L'abandon du 8 de chaque mois, foire créée par le général Karcher, président de la délégation spéciale à l'époque du gouvernement de Vichy, était logique, puisqu'il revalorisait la foire du 24, immuable depuis près de deux siècles, mais en la fixant au second mercredi de chaque mois on a précipité sa chute, car elle passe souvent inaperçue des Orgeletains.

Par curiosité historique, il faut évoquer les dix foires du XVIIIe siècle : cinq fondées sur les Terriers des Seigneurs (registre foncier) les premiers samedis de Carême, 2 mai, 30 juin, 30 septembre, 9 décembre ; les cinq autres à la demande de la ville : 15 janvier, le samedi veille des Rameaux, 1er juin, 13 août, 3 novembre. Ces dates ne survivront pas à la chute de la Royauté. Ces foires étaient très fréquentées comme d'ailleurs jusqu'après la dernière guerre, celles du 24.

Le champ de foire à OrgeletArrivaient très tôt de tous les villages du canton par des « raccourcis » les éleveurs poussant devant eux les bovins qu'ils venaient offrir aux maquignons arrivés bien avant l'aube pour repérer les belles bêtes avant l'autorisation d'achat. Le champ de Foire s'emplissait des beuglements des bovins flanc contre flanc ou attachés par un licol à une barre métallique fixée au mur de la promenade de l'Orme. A une heure convenue, commençaient les enchères qui donnaient lieu à de longues discussions et, l'accord réalisé, le maquignon tirait de la poche de son immense blouse bleue une paire de ciseaux avec laquelle il coupait une touffe de poils de l'animal signe de reconnaissance de l'achat. Alors acheteur et vendeur se retrouvaient autour des bancs de commerçants installés dans les places à cabaret pour régler leurs comptes, se désaltérer et « casser une croûte ».

Le champ de foire à OrgeletLa tente de la mère Thomas est restée légendaire. On y servait très tôt une bonne soupe, du vin chaud ou de l'omelette au lard. Tout ce monde de l'agriculture se retrouvait à midi dans les nombreux restaurants de la ville pour des repas pantagruéliques avec spécialités : tripes, et boudin en hiver. Les salles à manger de l'hôtel du Cheval blanc ou du restaurant Bertrand étaient trop exiguës pour contenir les dîneurs qui s'enivraient de discussions... et de bons vins excessifs, si bien que le chemin du retour, plein de zigs-zags, leur paraissait interminable et l'accueil à la maison peu chaleureux, car bien souvent passionnés de quilles, les paysans avaient perdu sur leur jeu placé sous la promenade de l'Orme, la moitié du montant de la vente d'une génisse.

Les bancs des forains nombreux et variés intéressaient les ménagères du canton qui achetaient suivant la saison les fruits et légumes du « baratineur» qui était le père Gindre ou de Mme Bossu, des vêtements et bien d'autres choses encore après en avoir comparé les prix avec ceux des commerçants de la ville à qui on faisait des infidélités ce jour-là. Quant aux scolaires, ils adoraient les jours de foire, car ils finissaient les cours à 11 h 30 et, jusqu'à midi, ils déambulaient dans les rues de la ville, zigzaguaient entre les étalages, écoutaient bonimenter les charlatans et s'achetaient le paquet de bonbons grâce aux 50 centimes que leur accordaient généreusement leurs parents pour « faire la foire ».

André Jeanni
Article paru dans Le Progrès

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