Association de Sauvegarde du Patrimoine Historique et naturel d'Orgelet et sa Région

Association de sauvegarde du patrimoine historique et naturel d'Orgelet et sa région

La cité et sa région > Florilège des articles d'André Jeannin > publiés en 1997 > Sports hivernaux dans les années 30  

Un jour, un vieil Orgeletain, in­vité par une institutrice vint dans la classe évoquer les hivers de son enfance et des jeux en cette saison. Et ces élèves qui à peu près tous savaient skier ont préféré les acti­vités des années 30.
En ce temps là, le ciel était plus généreux en flocons. Il en tombait presque tous les jours d'hiver et la bise qui soufflait, froide, formait une carapace blanche épaisse. Il fallait bien vivre et se divertir avec elle. Les enfants se chaussaient de gros sabots qui bien vite au lieu de rester un élément de chaleur et de sécurité devenaient un matériel de jeu indispensable ; les écoliers se moquaient des engelures qui in­cendiaient les doigts de pied et des chutes sur le verglas, les sa­bots c'était en quelque sorte les patins à glace du campagnard qui permettaient de sensationnelles glissades. Ah ! oui, mais pas n'im­porte quels sabots, surtout pas ceux, sous lesquels le père avait cloué une semelle en caoutchouc de pneu pour qu'ils durent plus longtemps. Avant chaque début de jeu, il y avait présentation des sabots, comme le footballeur, ac­tuellement montre ses crampons à l'arbitre de touche avant d'en­trer sur le terrain.
La présence sur le bois du moindre vestige de clous courts et à tête large éliminait de suite le propriétaire qui sans protester al­lait grossir le rang des «ferrates» frappés d'ostracisme. Il était donc privé de toutes les glissades, cel­le qui à l'école partait de la porte d'entrée sur la cour et se termi­nait contre le mur surmonté d'une barrière et qu'autorisaient les ins­tituteurs de jadis, au risque de voir se fracasser les sabots; celle très pentue qui conduisait à la cour du bas et sur laquelle ne s'aventu­raient que les écoliers doublement audacieux parce qu'ils risquaient la chute grave et surtout parce qu'ils pouvaient être surpris par le «maître» et punis, cette glissa­de là étant formellement interdite; enfin, toutes celles rapidement tra­cées dans les quartiers et rapide­ment ensablées par les piétons.

Si les glissades passionnaient les spécialistes de l'équilibre de­bout ou à cropeton, l'activité loisir préférée de l'hiver était le traîneau, un engin lourd, massif, grossier fabriqué par le «manuel» de la fa­mille avec des montants costauds bardés de larges fers plats. Plus légères et plus esthétiques étaient les luges avec leur plancher en la­nières de bois et leurs ferrailles rondes; elles étaient à l'époque déjà «un léger signe extérieur de richesse» mais comme elles étaient moins rapides que les rus­tiques traîneaux on les dédaignait pour chevaucher les bolides qui ne pouvaient être matés que par les champions comme le cheval rétif l'est par le maître cavalier. La pente des exploits, des records de vitesse était celle qui du Mont-Orgier basculait sur la place au Vin, enserrée par les murs des jardins. Elle demandait la technique confir­mée des professionnels, le coup de pied rageur pour dompter l'engin récalcitrant, une témérité pour amorcer le virage qui propulsait le traîneau sur la place avec l'es­poir de n'y pas rencontrer une auto - il y en avait fort peu à cette époque... On ne déplorait aucun accident grave et pourtant on aug­mentait les risques quand le boli­de chargé de trois garçons était guidé par un camarade chaussé de grands sabots plats de jardi­niers à cropetons derrière le traineau ; quand la piste était vergla­cée à cause de l'eau répandue sur elle, le soir par les garnements et qui avait gelé pendant la nuit, ain­si étaient réduits à néant les sa­blages pervers du garde-champêtre Gamahut et de personnes insociables.
Pour les novices et les ama­teurs, la côte à Pampin au bas du pont de Vaux offrait sa pente pas trop raide et rectiligne.
Mais la trouée de la haie qui permettait le passage sur la route était si étroite qu'une facétie d'un traîneau espiègle projetait son conducteur dans les buissons épi­neux, ou bien alors une bosse traitresse perturbait le garçon et la luge glissait très vite en diagonale et offrait un bain glacé dans le ruis­seau qui longeait le pré.
Les jeunes scolaires à cette époque, ne pratiquaient pas le ski; seuls leurs aînés tâchaient de des­cendre de faibles pentes avec au pied des douves de tonneau et un peu plus tard des skis très lourds aux montures peu fonctionnelles qui refusaient de quitter le pied au moment des chutes : les consé­quences pouvaient être graves !

ANDRÉ JEANNIN
Article paru dans "le Progrès" le 28/12/1997

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